— Une jeune fille pieuse hésitera à épouser un indifférent comme vous,
Elie.

— C'est possible. Cependant, j'oubliais de vous dire que je tiens essentiellement à ce point-là. Une forte piété, chez une femme, est la meilleure des sauvegardes, et la première garantie pour son mari.

— Mais vous n'admettez pas qu'elle puisse exiger la réciprocité?… dit le comte avec un léger sourire narquois. Cependant, il arrive généralement qu'une jeune personne très chrétienne tient à trouver les mêmes sentiments chez son époux. Ce sera donc là encore une difficulté de plus.

— Ah! vous allez me décourager! dit M. de Ghiliac d'un ton mi-plaisant, mi-sérieux, en saisissant entre ses doigts la fleur rare qui, détachée de sa boutonnière, venait de glisser sur ses genoux. Voyons, cherchez bien dans vos souvenirs. Ma cousine et vous avez là-bas, en Franche-Comté, en Bretagne, aux quatre coins de la France, quantité de jeunes parents, de jeunes amies…

— Oui, mais aucune ne me paraît apte à réaliser vos voeux. Un homme tel que vous ne peut vouloir d'une petite oie comme Henriette d'Erqui…

— Non, pas d'oie, mon cousin…

— Odette de Kérigny est un laideron…

— Ce n'est pas mon affaire.

— Tenez-vous à une beauté?

— Mais je n'en veux pas, au contraire! Une jolie femme est presque nécessairement coquette, elle voudrait devenir mondaine… Non, non, pas de ça! Une jeune personne qui ne soit pas à faire peur, distinguée surtout, — j'y tiens essentiellement, — bien élevée et de caractère égal, docile…