Pendant qu'il finissait de faire ses adieux à sa nouvelle famille, Valderez s'en alla en avant vers le vestibule. Elle semblait maintenant avoir hâte d'être hors des Hauts-Sapins.
— Ma fille, je prierai la Vierge pour toi. Je crois que tu ne seras pas toujours sur du velours dans ton ménage.
C'était Chrétienne, debout dans le vestibule, qui prononçait ces mots d'un ton prophétique.
Valderez se pencha et baisa les joues ridées de la vieille femme.
— Au revoir, Chrétienne. Oui, prie pour ta Valderez.
Et elle se hâta vers la cour, car les sanglots l'étouffaient maintenant.
En un quart d'heure, le traîneau qui transportait M. de Ghiliac et elle arrivait à la petite gare. En même temps qu'eux partaient Mme de Ghiliac, qui s'en allait à Cannes, les Trollens, M. d'Essil et le prince Sterkine, qui se dirigeaient sur Paris.
Elie installa sa femme dans le coupé retenu par lui, et s'étant informé si rien ne lui manquait, se mit à dépouiller le courrier que venait de lui remettre son valet de chambre. Valderez put donc pleurer silencieusement, le front appuyé à la vitre, en regardant disparaître, avec les silhouettes de ses chères montagnes, son passé de jeune fille, souvent sévère, mais adouci par la tendresse de ses frères et soeurs.
Et maintenant, elle se trouvait sous l'autorité de celui qui ne serait jamais pour elle qu'un étranger.