Lise comprit qu'elle était perdue, si un miracle ne la sauvait. A la pensée de la mort atroce qui se préparait, elle se sentit défaillir d'horreur, et du fond de son coeur, un appel éperdu jaillit vers le ciel…

Varvara l'enlaça, l'entraîna vers la porte. Elle essaya de lutter. Mais comme elle l'avait pensé, Mlle Dougloff était douée d'une extrême force nerveuse, décuplée en ce moment par la passion furieuse.

Serrant d'une main contre elle la jeune femme à demi évanouie, Varvara ouvrit rapidement la porte et poussa au dehors sa victime qui tomba sur le sol.

Les fauves, étonnés, eurent un mouvement de recul. Puis ils se ruèrent sur cette proie si inopinément offerte à leurs convoitises…

Plusieurs coups de feu retentirent. Trois loups tombèrent… Les autres s'arrêtèrent… Seul l'un d'eux, plus affamé ou moins peureux que les autres, s'élança sur Lise et saisit le bras de la jeune femme entre ses dents aiguës.

Mais une balle le coucha à terre… Et plusieurs hommes surgissant, le fusil à la main, eurent promptement raison des autres carnassiers, dont deux, seulement blessés, réussirent à s'enfuir.

Un de ces hommes — c'était le garde forestier naguère châtié par le prince Ormanoff — s'approcha et se pencha vers la jeune femme.

— Mais c'est la princesse! dit-il avec stupéfaction.

Il l'enleva entre ses bras et voulut ouvrir la porte. Mais celle-ci était fermée de l'intérieur.

— Qu'est-ce que ça veut dire?… Piotre, enfonce-moi cela!