— La princesse allait être dévorée par les loups… Nous sommes arrivés à temps…
Déjà, Serge enlevait entre ses bras la jeune femme. Seul, il l'emporta au château. Il courait presque, comme si ce fardeau n'eût rien pesé pour lui.
Tandis que sur un ordre bref jeté au passage, des domestiques allaient en hâte chercher le docteur Vaguédine, il gagna l'appartement de sa femme et déposa Lise sur une chaise longue. Dâcha, pâle et tremblante, enleva les vêtements fourrés et mit à nu le joli bras blanc atteint par les dents du fauve.
— Et ses mains, ses pauvres petites mains, qui donc les lui a mises en cet état? balbutia la femme de chambre d'un air navré.
Elle recula tout à coup, tandis que sa physionomie exprimait l'ahurissement le plus complet. Le prince Ormanoff s'agenouillait près de la chaise longue et couvrait de baisers les mains déchirées par les ongles aigus de Varvara.
Jamais Dâcha, ainsi qu'elle le déclara plus tard, n'aurait pu penser que cette physionomie fût susceptible d'exprimer à un tel degré l'angoisse et la douleur.
Le docteur Vaguédine apparut presque aussitôt. Il banda le bras, puis s'occupa de mettre fin à l'évanouissement qui se prolongeait.
Toujours agenouillé, Serge entourait de son bras le cou de Lise et appuyait sur sa poitrine la tête inerte. Quand la jeune femme ouvrit les yeux, ce fut son visage qu'elle aperçut d'abord.
Et, dans la demi-inconscience où elle se trouvait encore, elle eut un instinctif mouvement d'effroi.
Une voix tendre murmura à son oreille: