— Non, c'est moi qui lui ai toujours donné ce nom, puisqu'elle m'a élevée, répliqua-t-elle, très surprise.
— Ah! oui, au fait! dit-il entre ses dents.
Tandis qu'il pénétrait dans le salon, mieux meublé que l'autre, où l'on introduisait les étrangers, Lise entra dans la pièce voisine et s'approcha de sa belle-mère occupée à ses raccommodages.
— Maman, le prince Ormanoff vous demande.
L'ouvrage s'échappa des mains de Mme de Subrans, et son visage revêtit la même teinte bizarre que la veille, au moment où son parent s'était approché d'elle. Mais, sans prononcer un mot, elle se leva et, ouvrant la porte de communication, entra dans le salon.
Le prince, qui se tenait debout au milieu de la pièce, la laissa s'avancer vers lui. Son regard aigu semblait fouiller jusqu'au fond de l'âme de cette femme, qui se raidissait visiblement pour ne pas baisser les yeux.
— Voici longtemps que nous ne nous étions vus, Catherine Paulowna, dit-il d'un ton de calme froideur.
Pas plus que la veille, ils ne se tendaient la main, et qui eût vu l'un en face de l'autre ces deux cousins, aurait eu conscience qu'une barrière mystérieuse les séparait.
— En effet, Serge… Je ne me doutais pas que… que vous viendriez ici, chez moi…
Sa voix était rauque et ses yeux se détournaient un peu comme pour fuir le regard de ces prunelles vertes.