— Aussi n'est-ce pas pour vous que j'y viens, Catherine. Je n'ai pas perdu mon habitude d'autrefois d'aller droit au fait, surtout avec les femmes, qui aiment, en général, à s'égarer dans mille petites circonlocutions plus ou moins hypocrites. Voici donc ce que je désire: la fille de ma cousine Xénia ressemble d'une façon extraordinaire à Olga, ma défunte femme. Pour ce motif, j'ai l'intention de faire de cette enfant la princesse Ormanoff.
Mme de Subrans recula de plusieurs pas, en fixant sur lui des yeux dilatés par la stupéfaction.
— Vous voulez… épouser Lise! Une enfant, comme vous dites, car elle n'a pas seize ans!
— C'est précisément pour cela. A cet âge, je la formerai à mon gré, ainsi que j'ai fait naguère d'Olga.
Et comme Mme de Subrans demeurait sans parole, en le regardant d'un air ahuri, il ajouta d'un ton sec:
— On croirait vraiment que je vous dis la chose la plus extraordinaire du monde!
— Mais, Serge… songez que vous ne la connaissez pas.
— Elle ressemble à Olga; elle sera pour le moins aussi belle qu'elle, et elle est assez jeune pour être encore malléable. Cela me suffit. L'intelligence m'est indifférente, et quant au caractère, quel qu'il soit, je saurai le transformer selon mes goûts.
— Alors… elle serait peut-être malheureuse? balbutia Mme de Subrans.
Il eut un ironique plissement de lèvres.