Une lueur irritée passa dans les yeux de Serge, qui, en ce moment, semblèrent presque noirs.

— Pour qui me prenez-vous, Catherine? Quelqu'un aurait-il inventé que j'avais rendu Olga malheureuse?… elle qui avant de rendre le dernier soupir, me baisait les mains en murmurant: "Serge, vous m'avez donné du bonheur!" Jamais elle n'a eu un souhait à formuler, car je la devançais toujours. J'agirai avec Lise comme j'ai agi envers elle. J'entends demeurer toujours le maître absolu; mais, en retour, je donne à ma femme toutes les satisfactions convenant à une cervelle féminine. Que pourrait-elle demander de plus?

— Que vous l'aimiez autrement, peut-être, murmura Mme de Subrans.

Une sorte de demi-sourire ironique glissa sur les lèvres de Serge.

— Et que je sois son humble serviteur, comme tant de nigauds le sont à l'égard des femmes? J'ai un tout autre respect de ma supériorité masculine, et, avant toute chose, j'entends être obéi, sans discussion.

— Et vous dites qu'elle sera heureuse!

Le prince eut un mouvement d'impatience.

— Oui, elle le sera, parce que je saurai lui enlever toute ridicule sensibilité, si elle en a! Olga était douce, aimable, caressante, mais jamais je n'ai souffert de voir une larme dans ses yeux, ni un pli sur son front. Elle s'y était très vite accoutumée, et me montrait toujours un visage serein et souriant. Si je ne l'avais dirigée ainsi dès les premiers jours de notre union, j'aurais risqué de voir apparaître des pleurs, des bouderies, des caprices, — tout ce que je hais.

— Alors, votre femme n'avait même pas le droit de pleurer?

— Je me suis conduit de telle sorte envers elle qu'elle n'a jamais eu aucun motif raisonnable de verser des larmes, dit-il froidement.