Le prince Ormanoff entra tout à coup, il tenait deux lettres à la main. Du premier coup d'oeil, Lise reconnut celle qu'elle avait écrite le matin même à sa petite soeur Anouchka, et une adressée à Mme des Forcils, avec qui elle n'avait pu échanger qu'un mot hâtif après la cérémonie nuptiale. Elle les avait remises à Dâcha afin qu'elle les fît jeter à la poste.

Sur un geste de son oncle, Sacha s'éclipsa. Lise, inquiète, leva un regard interrogateur vers son mari.

— Voilà une correspondance que je confisque, Lise, dit-il froidement.

Une rougeur d'émotion monta au visage de la jeune femme.

— Pourquoi donc?

— Parce que j'en autorise aucune. Tous ces rapports d'amitié doivent cesser, je croyais vous l'avoir fait comprendre. Il faut désormais que vous soyez toute à moi.

D'un geste machinal, Lise appuya ses mains sur son coeur qu'elle sentait bondir dans sa poitrine.

— Vous ne voulez pas que… que j'écrive à ma soeur? dit-elle d'une voix étouffée.

— Ni à votre soeur, ni à votre belle-mère, ni à personne… Cela soit dit une fois pour toutes. Maintenant, très chère, jouez-moi donc une rêverie de Schumann. J'ai envie de musique, ce soir.

Elle se leva, mais, au lieu de s'avancer vers le piano, elle posa sa main sur le bras de son mari.