— Je suis content de vous, Lise, dit une voix adoucie.
Pendant quelques secondes, elle demeura presque inconsciente, la parole coupée par la surprise et l'émotion. Puis, tout à coup, une pensée s'éleva en elle: c'était le moment d'adresser la demande pour laquelle, depuis plusieurs jours, elle guettait en vain l'occasion favorable.
Mais la voiture arrivait devant la villa d'Ormanoff; Serge retirait son bras et écartait la tête charmant qui s'appuyait la seconde d'auparavant sur son épaule. Et en le regardant, Lise constata avec un serrement de coeur que sa physionomie n'avait jamais été plus froidement altière.
Non, ce n'était pas encore le moment de régler avec lui cette question religieuse, au sujet de laquelle il n'avait plus ouvert la bouche. Cependant le dimanche revenait dans deux jours, et Lise voulait remplir son devoir de catholique.
Après avoir longuement réfléchi le samedi, elle s'arrêta à ceci: elle se rendrait à une messe matinale, dans une église qu'elle avait aperçue très proche de la villa; elle tâcherait de s'informer près d'un prêtre de la ligne de conduite qu'il lui faudrait suivre, puis elle rentrerait pour affronter l'assaut, qu'elle prévoyait terrible.
A cette seule pensée, un frisson la secouait. Elle ne savait de quoi était capable ce sphinx effrayant qu'était le prince Ormanoff. Mais elle était résolue, malgré tout, à accomplir son devoir.
Ce fut en tremblant et en priant qu'elle s'habilla hâtivement, le dimanche matin, et sortit à sept heures de la villa. Les domestiques, qui commençaient le nettoyage, la regardèrent passer avec un ahurissement indicible. L'un d'eux murmura même:
— Je pense qu'elle est un peu folle, la pauvre princesse! Je ne voudrais pas me trouver à sa place, tout à l'heure!
En quelques minutes, Lise était à l'église. Un prêtre âgé entrait précisément au confessionnal. Lise lui ouvrit son âme, le mit au courant de sa situation et reçut l'assurance qu'elle devait, coûte que coûte, résister aux prétentions de l'époux qui voulait lui imposer une apostasie.
Quand elle eut entendu la messe et reçu avec une évangélique ferveur le pain des forts, elle revint vers la villa Ormanoff, — sa prison. Dans sa chambre, Dâcha l'attendait, effarée et désolée.