— C'est bien.

Et, la congédiant du geste, il se dirigea vers l'escalier.

"Pourvu qu'il la fasse soigner! songea Dâcha. S'il avait l'idée de la laisser s'en aller comme cela!… Non, non, c'est trop affreux, ce que je pense là!"

Elle se reprocha davantage encore son soupçon en introduisant le lendemain matin chez sa jeune maîtresse le docteur Vaguédine, le médecin attaché à Kultow, envoyé par le prince Ormanoff pour donner à sa femme les soins nécessaires.

C'était un homme d'une cinquantaine d'années, grisonnant, de mine douce et sympathique. Il interrogea paternellement Lise et lui déclara qu'elle était seulement anémique, qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter…

— Oh! je ne m'inquiète pas! dit-elle avec un pâle et mélancolique sourire. Je ne crains pas la mort, au contraire!

Le médecin enveloppa d'un regard de compassion navrée la délicieuse créature qui prononçait ces paroles avec tant de calme et une si visible sincérité. Elle n'était encore qu'une enfant, et déjà la mort lui apparaissait le seul bien désirable.

En sortant de chez la jeune femme, le docteur Vaguédine se rendit chez le prince Ormanoff. Il le trouva dans son cabinet de travail, parcourant les journaux.

— Eh bien? interrogea Serge d'un ton bref.

— La princesse est extrêmement affaiblie par une anémie très sérieuse, mais encore très susceptible de guérison. Les nerfs aussi ont besoin d'être soignés. Il lui faudrait, outre une nourriture très fortifiante, de l'air, beaucoup d'air, des promenades et de la distraction sans fatigue.