Un autre mot, "de l'affection", était sur les lèvres du médecin. Mais il ne le prononça pas. Ce mot-là ne pouvait être compris du prince Ormanoff.
— C'est tout? demanda Serge, qui l'avait écouté en frappant sur son bureau de petits coups secs avec le coupe-papier qu'il tenait à la main.
— J'ai prescrit à la princesse quelques médicaments… Mais je dois dire qu'un obstacle sérieux me paraît se dresser devant la guérison. La malade ne la désire pas; elle semble complètement résignée à la mort… On croirait même qu'elle la souhaite.
Un imperceptible tressaillement courut sur le visage de Serge.
— C'est bien, j'aviserai, dit-il d'un ton laconique.
Ce même jour, vers deux heures, Dâcha entra toute joyeuse chez sa maîtresse. Le prince faisait prévenir sa femme qu'elle eût à s'habiller promptement pour faire avec lui une promenade en traîneau.
Cette nouvelle stupéfia Lise, sans lui causer aucun plaisir. Sans doute, son tyran imaginait quelque nouveau genre de persécution. Puis, dans l'état de fatigue où elle se trouvait, elle ne désirait que le repos.
Pourtant elle se laissa habiller et envelopper de fourrures, puis elle descendit pour rejoindre le prince, qui l'attendait dans le jardin d'hiver. Son coeur battait à grands coups précipités, à l'idée de se retrouver en face de lui, et elle dut faire appel à toute son énergie pour réprimer l'étourdissement qui la saisissait en pénétrant dans la serre superbe qui était une des merveilles de Kultow.
Il se leva à son entrée. Et comme l'angoisse obscurcissait ses yeux, elle ne vit pas l'expression étrange — mélange de douleur et de colère — qui traversait le regard de Serge, ni la pâleur qui couvrait son visage, ni le geste ébauché pour tendre les bras vers elle…
Elle ne vit, quelques secondes plus tard, qu'un homme très froid, qui lui présentait son bras, sans la regarder, en disant d'un ton calme et bref: