Une exclamation d'effroi indigné avait jailli des lèvres de Lise:

— Serge, vous ne ferez pas cela!… Ce serait trop injuste!… et trop cruel!

— Vous n'avez pas à juger mes actes, dit-il froidement. Je ne vous le permettrai jamais, Lise.

En un mouvement presque inconscient, elle posa ses mains frémissantes sur le bras de son mari.

— Serge, ne faites pas cela! L'enfant est nerveux et délicat!… Et c'est ma faute, je vous le répète! Punissez-moi à sa place… Faites-moi châtier si vous le voulez. Je ne crains pas la souffrance… mais je ne puis supporter voir souffrir autrui!

Une supplication ardente s'échappait de ses yeux pleins de larmes. D'un geste presque violent, Serge secoua son bras pour en détacher les petits doigts crispés.

— Assez, Lise! Votre sensibilité est insupportable, il est bon qu'elle soit battue en brèche, je m'en aperçois. Rentrez maintenant… et n'oubliez pas que nous avons une partie de patinage cet après-midi.

Il s'éloigna dans une allée transversale. Aux oreilles de Lise parvint le sifflement de sa cravache frappant les branches dénudées des arbustes. Sans doute avait-il bonne envie d'infliger le même traitement à la jeune femme qui se permettait de le blâmer.

Elle revint machinalement vers le château. Son âme si douce se soulevait de colère et d'indignation, en même temps que de chagrin. Pauvre petit Sacha, un peu étourdi peut-être, mais si bon et si franc! Déjà, sa mère montrait ouvertement sa préférence pour Hermann, si lourd pourtant, si peu intelligent, mais sournois et flatteur. Il ne manquerait plus maintenant que son oncle, lui aussi, le prît en grippe!

Serait-ce parce que Lise lui témoignait de l'affection, et imaginait-il de la faire souffrir en tourmentant cet enfant!