— Assez! assez! Lise! Je vous l'accorde… je vous accorde tout! Mais allez-vous-en! Vous me rendez fou!
Repoussant doucement la jeune femme, il entra chez lui, en fermant la porte avec violence.
Elle resta pendant quelques minutes abasourdie, tout autant de sa victoire que des étranges manières de Serge. Puis elle revint bien vite chez elle et fit appeler Sacha pour lui donner l'heureuse nouvelle.
— Oh! ma tante, vous avez osé!… Ce n'est pas ma tante Olga qui aurait fait cela! Mais jamais je n'aurais cru que mon oncle céderait!… Merci, ma tante Lise, ma jolie tante!
Tout émue de sa reconnaissance, elle l'embrassa et le renvoya. Puis, le coeur plus léger, elle se laissa habiller par Dâcha. Celle-ci la revêtit d'une robe de drap blanc qui découvrait ses petits pieds, et du vêtement de renard blanc qu'elle portait le jour de son mariage. Une toque semblable, ornée d'une aigrette, fut posée sur ses cheveux. Et ce fut en toute vérité que le comte Darowsky put murmurer d'un ton d'enthousiasme contenu, en l'aidant à monter en traîneau:
— Vous êtes la reine des neiges, princesse!
Au dernier moment, Vassili était venu prévenir que le prince Ormanoff ne pouvait accompagner ses hôtes aujourd'hui. Ce brusque changement d'idées étonna quelque peu, étant donné que c'était lui-même qui avait parlé aujourd'hui de patinage et avait pressé pour qu'on s'habillât.
— Capricieux comme une jolie femme, notre hôte! dit Michel Darowsky à l'Autrichien, assis dans le même traîneau que lui.
— Oui, il l'est même pour deux, car je suis bien certain que la princesse Ormanoff n'a pas ce défaut-là.
— Elle! Oh! c'est une sainte! on le voit dans ses yeux… Une sainte et une martyre, peut-être!