— Mon cher comte, un conseil: ne laissez pas trop paraître votre chevaleresque admiration. Le prince Ormanoff est ombrageux comme un Oriental.

— Je ne l'ignore pas. Mais, en vérité, personne ne pourrait s'offenser de l'admiration respectueuse qu'inspire la princesse Lise!

— On ne sait jamais, avec un homme de cette trempe! Il suffirait qu'une lubie lui traversât l'esprit.

Le lieu choisi était un lac de grande étendue, enchâssé dans des forêts de sapins couvertes de neige. Sur le bord se dressait un chalet du plus pur style norvégien, où des domestiques tenaient à la disposition des hôtes du prince Ormanoff des grogs chauds, du thé et des pâtisseries.

Quand Lise eut chaussé ses patins, le comte Michel lui offrit sa main et tous deux s'élancèrent sur la glace. La jeune princesse, si souple et si légère, patinait à ravir. Pour un instant, elle oubliait sa tristesse et se laissait aller au plaisir de glisser sur cette glace superbe, dans ce décor immaculé qu'éclairaient de pâles rayons de soleil.

Une forme masculine se dressa tout à coup près d'elle.

— A mon tour de vous servir de cavalier, Lise, dit la voix du prince
Ormanoff.

Elle eut un sursaut de surprise et serait tombée si le comte ne l'avait retenue.

— Serge!… Je croyais que vous ne deviez pas venir!

— On ne sait jamais, avec moi… Michel, allez donc délivrer cette pauvre Lydie qui n'ose lâcher le piètre patineur qu'est le comte Berkerheim. Ce sera oeuvre de charité.