— Non, Varvara, c'est moi, Lise.
Dans l'ombre projetée par les lourds rideaux du lit, elle vit se dresser la tête blonde de Varvara.
— Vous!… vous! dit une voix étouffée.
Lise s'avança jusqu'au lit. Du premier coup d'oeil, elle vit que Varvara était en proie à la fièvre, car elle était fort rouge, et ses yeux, ses étranges yeux jaunes luisaient.
— Je viens vous voir, Varvara. J'ai su tout à l'heure que vous étiez malade.
— Ce n'est rien! interrompit brusquement Varvara. Je regrette que vous vous soyez dérangée. Vous risquez que je vous communique cette maladie. Olga avait un tout autre soin de sa santé. Je suppose que si le prince Ormanoff vous savait ici, vous passeriez un mauvais moment. Mais, naturellement, vous ne lui avez pas demandé la permission?
— Cela me regarde! dit sèchement Lise, blessée par ce bizarre accueil et ce ton ironique.
— Evidemment! Mais je ne me soucie pas du tout que mon cousin m'accuse de vous avoir retenue ici. Ainsi donc, tout en vous remerciant beaucoup, je vous demanderai de vous retirer. J'ai l'air d'être malhonnête, mais c'est dans votre intérêt, je vous assure, princesse.
Ses paupières étaient retombées sur ses yeux, et elle parlait maintenant d'un ton très doux, un peu chantant.
Lise l'enveloppa d'un regard perplexe… Et ce regard fit ensuite le tour de la chambre, très vaste, bien meublée, mais fort en désordre. Dans une bibliothèque s'alignaient des livres en nombre considérable, et d'autres étaient posés sur une table auprès de la malade, à côté d'une carafe et d'un verre vide.