Quels que fussent les sentiments que Mme de Rühlberg nourrissait à l'égard de sa belle-soeur, à la suite des reproches de Serge, elle se montra dès lors très aimable et empressée près de la jeune femme. Les petites méchancetés cessèrent… Mais Lise continua à sentir autour d'elle un souffle de malveillance qui semblait fort pénible à sa nature aimante.

Elle se demandait avec anxiété si elle devait retourner sans être appelée près de son mari. La veille, il l'avait renvoyée de si étrange manière!… Mais vers deux heures, toutes ses perplexités se trouvèrent réduites à néant par l'apparition de Vassili venant l'informer que le prince la demandait.

Il était très pâle, visiblement fatigué et énervé par la souffrance. Après avoir répondu laconiquement aux timides interrogations de Lise sur son état, il lui demanda:

— A quoi étiez-vous occupée, quand je vous ai fait demander?

— Je faisais une partie de dames avec Sacha, qui est souffrant aujourd'hui.

— Eh bien! sonnez Stépanek et dites-lui d'aller prévenir Sacha qu'il vienne ici continuer cette partie.

Très surprise de ce caprice imprévu, elle obéit pourtant sans risquer de réflexion. Sacha arriva aussitôt, la tante et le neveu s'installèrent près de Serge, qui suivit les péripéties du jeu en donnant des conseils à sa femme, de telle sorte que Sacha, fort peu à son aise d'ailleurs en présence de son oncle, perdit haut la main la partie.

Après quoi, Lise fit invitée à passer dans le salon voisin où se trouvait un piano, son mari désirant entendre un peu de musique.

Ce ne fut pas là une fantaisie passagère. Les jours suivants, Sacha fut appelé encore pour venir faire avec sa tante une partie quelconque. Après quoi, le prince l'envoyait étudier ses leçons ou jouer avec les lévriers dans un coin de la pièce, tandis que lise brodait près de son mari silencieux et songeur, ou se mettait au piano, la musique calmant la fièvre et la souffrance, prétendait-il.

Il semblait ainsi qu'il s'attachât à mettre toujours l'enfant en tiers entre Lise et lui.