—Vous étiez en retard… A quoi cela tient-il, Isabelle? demanda
Madame Norand en se retournant légèrement.

—J'étais allée jusqu'à la chapelle… Je croyais être rentrée à temps, dit brièvement la jeune fille, sans se départir de son calme.

—Vous croyiez?… Cela ne suffit pas, et vous savez que je tiens essentiellement à l'exactitude. Désormais, je vous défends de sortir à cette heure, qui est celle du travail.

Elle indiqua d'un geste à la jeune fille qu'elle pouvait s'éloigner, puis, se ravisant, elle dit en posant sur elle son regard froid et scrutateur:

—Et qu'avez-vous fait à Saint-Pierre?… Vous êtes-vous souvenue de ma défense de l'année dernière?

—Non, grand'mère.

Les yeux d'Isabelle, pleins d'un calme étrange, ne se baissaient pas devant le regard sévère qui semblait vouloir plonger jusqu'au fond de son être.

—Non!… Vous avez recommencé à devenir inactive, rêveuse, ainsi que je vous ai surprise une fois l'année précédente?… Si jamais ceci se renouvelle, Isabelle, je mesurerai sévèrement vos promenades, car je ne tolérerai à aucun prix que vous demeuriez un instant oisive.

On n'aurait pu discerner la moindre émotion sur l'impassible visage d'Isabelle, tandis qu'elle quittait la galerie et montait l'antique escalier à balustrade ornée de sculptures naïves. Elle entra dans une grande chambre sombre, meublée d'armoires à ferrures, de crédences sculptées, boiteuses et rongées par les vers, et d'un immense lit à baldaquin dans lequel disparaissait la maigre personne de Mademoiselle Bernardine.

—Ah! te voilà enfin! gémit la petite voix enfantine. Oh! Isabelle, que cette chambre est triste, sombre et effrayante!… Comment Madame Norand peut-elle aimer cette demeure?