—Ah! c'est vrai, elle est sortie. Je ne me rappelais plus. Elle est à la Verderaye?

Isabelle inclina affirmativement la tête… Involontairement, son regard se tourna vers la maison grise, cachée à ses yeux par les arbres et les fourrés du jardin.

—Pourvu que ces jeunes filles lui plaisent!… Ce serait une distraction pour toi, Isabelle.

—Vous savez bien que je ne dois pas avoir de distraction, ma tante… ou, ce qui revient au même, la distraction aussi doit être un devoir pour moi… Oui, des devoirs, rien que des devoirs, voilà la vie, paraît-il, dit-elle d'un ton bref et amer.

Elle se recula un peu et s'appuya contre la maison, aplatissant sans pitié les fleurs délicates du jasmin qui garnissait la façade… Mademoiselle Bernardine se mit à grignoter paisiblement un gâteau, en s'interrompant pour boire son thé à petites gorgées. Cette vieille fille placide et bornée ne se doutait aucunement que des souffrances profondes pussent exister autour d'elle… Mais, au fait, la jeune fille qui se tenait là, immobile et les yeux baissés, possédait sans doute un coeur parfaitement calme et froid, à en juger d'après sa physionomie.

—J'entends marcher dans le jardin, dit tout à coup Isabelle en prêtant l'oreille.

Elle fit quelques pas et retint une exclamation de surprise. Du couvert des arbres sortait Madame Norand, suivie d'Antoinette Brennier. Celle-ci s'avança vivement et tendit la main à Isabelle avec un gracieux sourire.

—Je voulais juger par moi-même de l'état de notre vaillante blessée, et Madame votre grand'mère, devinant ce désir, m'a demandé de l'accompagner… Voyons cette mine… Un peu pâle encore. Et la blessure?

—Elle va aussi bien que possible, Mademoiselle, dit Isabelle dont le visage s'était légèrement éclairé. Vous vous entendez à soigner les blessés.

—C'est là une science que je voudrais vous voir acquérir, Isabelle; elle fait partie de la solide instruction qui devrait être donnée aux femmes, dit la voix brève de Madame Norand.