—Je puis faire profiter Mademoiselle d'Effranges de mon petit savoir en cette matière, si vous le permettez, Madame, proposa Antoinette.
La conversation continua un instant sur ce sujet. Mademoiselle Bernnier, après avoir été présentée à Mademoiselle Bernardine, avait accepté de s'asseoir un moment. Tout en causant, son regard sérieux et scrutateur ne quittait guère le visage d'Isabelle. La jeune fille parlait très peu et ne se départait pas de son attitude singulièrement paisible et réservée.
Antoinette prit congé de ses nouvelles connaissances en parlant de projets de relations suivies avec Isabelle, contre lesquels ne se récria pas Madame Norand… Isabelle accompagna Mademoiselle Brennier jusqu'au pont. En lui pressant la main, Antoinette dit avec douceur:
—Je serai à votre disposition lorsque vous voudrez apprendre quelques notions de médecine… et aussi, ma chère enfant, pour mettre quelque distraction dans votre existence nécessairement un peu sombre. Au milieu de la jeunesse, vous reprendrez de l'entrain, de la gaîté, de fraîches couleurs…
—Mais non, cela ne se doit pas, dit la voix calme d'Isabelle. J'irai chez vous pour obéir à ma grand'mère, pour apprendre à soigner les malades… C'est chose utile, cela. Mais m'amuser… oh! non! Ce serait sans doute la première fois de ma vie. Je dois travailler sans cesse et m'ennuyer toujours… Qu'est-ce que je dis?… Je ne dois jamais m'ennuyer, au contraire… Cela est aussi prescrit, fit-elle d'un ton saccadé, un peu rauque.
La main que tenait Antoinette tremblait légèrement, mais c'était là le seul signe d'émotion que l'on pût discerner chez Isabelle.
—Ma pauvre enfant! murmura Antoinette avec un[e] indicible pitié, une intonation profondément douce et caressante.
Elle serra fortement la petite main de la jeune fille et s'éloigna vers la Verderaye.
Isabelle s'appuya contre un arbre. Ses lèvres tremblaient un peu et son habituelle impassibilité semblait avoir fléchi un instant devant cette compassion affectueuse… Mais elle passa brusquement la main sur son front et revint rapidement vers la maison.
Madame Norand se trouvait encore dans la cour et lui fit signe d'approcher.