—L'amour humain, souvent… l'amour divin, jamais. La souffrance est là toujours, mais elle devient un bonheur pour l'âme qui aime son Dieu, et, à cause de lui, son prochain.

C'était Régine qui prononçait ces paroles d'un ton plein d'une ardeur contenue. Ses beaux yeux bruns étincelaient d'une expression de joie céleste… Elle se leva pour répondre à un appel de son père, et le regard pensif d'Isabelle suivit la belle jeune fille à la taille souple et remarquablement élégante, aux mouvements pleins d'une grâce exquise. Il était impossible de rêver un ensemble plus délicatement harmonieux.

—Oui, regardez-la bien, notre belle Régine, murmura la voix un peu tremblante d'Antoinette. L'année prochaine, vous ne la verrez plus… ou bien, ce sera sous le grossier costume d'une servante… Cela est ainsi, reprit-elle en réponse au regard stupéfait d'Isabelle. Au mois d'avril prochain, elle entrera au noviciat des Petites Soeurs des pauvres.

—Qu'est-ce que cela? demanda Isabelle.

—Ah! c'est vrai, j'oubliais… Ce sont des religieuses qui recueillent les vieillards pauvres et se vouent exclusivement à leur service. Elles-mêmes ont fait voeu de pauvreté absolue et leur oeuvre ne subsiste que par l'aumône.

—Et… c'est pour toujours?

—Oui, leurs voeux sont moralement irrévocables. Elles renoncent à tout pour se soumettre à la plus entière obéissance et mener une vie humiliée, mortifiée, semée de sacrifices.

—Mais ce n'est pas passible!… On ne peut choisir volontairement cette existence!

—Certes, ce n'est pas le monde qui la choisirait!… On ne peut le faire que pour Dieu, et c'est le motif qui guide Régine, elle qui a reçu tous les dons de l'esprit et du corps et qui pourrait prétendre à un avenir brillant.

… Ce soir-là, en se livrant à un long et fastidieux travail qu'elle abhorrait, Isabelle s'interrompit tout à coup en se murmurant à elle-même: