—Mademoiselle Isabelle, je vous présente un de nos anciens et meilleurs amis, M. Paul des Orelles, dit Danielle d'un ton plein d'allégresse.
Elle semblait extrêmement satisfaite et ses fraîches couleurs s'avivaient sous l'empire d'une émotion joyeuse.
—… Monsieur Paul, voici Mademoiselle d'Effranges, notre voisine, dont Gabriel vous a peut-être parlé.
Elle se tournait vers son cousin d'un air interrogateur. Gabriel s'était arrêté au bas de la terrasse, contemplant le tableau inattendu qui charmait sans doute ses instincts d'artiste… Il tressaillit légèrement et, montant les degrés, s'inclina devant Isabelle dont la raideur habituelle sembla quelque peu fléchir en lui répondant.
—J'ai en effet raconté à mon ami combien Mademoiselle d'Effranges possédait de sang-froid et de courage, dit-il en souriant. Nous y penserons toujours en voyant notre petit Michel, puisque, sans elle, nous n'aurions plus ce mauvais petit diable… Ne vous êtes-vous pas ressentie de cette secousse et de votre blessure, Mademoiselle?
Elle leva vers lui son calme regard, où, comme un rayon à travers la glace, perçait un lueur d'émotion douce.
—Je dois vous dire que je m'en ressens au contraire chaque jour, dit-elle gravement. Sans cette blessure, je ne serais pas ici, je ne connaîtrais pas les premières heures douces de ma vie… Et à cause de cela je puis bénir la minime souffrance ressentie ce jour-là, murmura-t-elle d'une voix un peu tremblante, tandis que ses grands cils s'abaissaient, voilant doucement son regard.
—Moi aussi, je la bénis, ma chère petite amie! s'écria Danielle en lui prenant affectueusement la main. Je suis si heureuse de vous avoir connue!… Et si nous pouvions vous donner un peu de joie…
—Gabriel!… dit la voix stupéfaite d'Antoinette.
La petite Roberte entre les bras, elle apparaissait sur le seuil du salon.