—Polyeucte n'avait pas d'enfant… Qu'aurait-il fait s'il avait possédé un lutin bien-aimé comme celui-ci? dit M. Brennier qui fumait son cigare à la porte du parloir.
—Il en aurait fait un petit ange, mon oncle… Oui, plutôt que de renier son Dieu, je suis persuadé qu'il eût sacrifié son enfant lui-même.
—Oh! cela est-il possible! murmura Isabelle avec un geste d'horreur.
Ce Dieu, que vous dites si bon, demande-t-il de tels sacrifices?
—Oui, souvent, mais l'âme croyante sait que l'éternité est là pour compenser infiniment ses souffrances… Dieu est un père, bon par-dessus tous les pères, croyez-le, Mademoiselle, dit gravement Gabriel. Eh bien! où vas-tu, Michel?
—Je veux aller avec Belle, dit le petit d'un ton résolu.
Gabriel le lâcha, et Michel s'élança vers Isabelle qui le prit sur ses genoux et l'embrassa avec tendresse.
—Mademoiselle Isabelle, Michel est fou de vous! s'écria gaiement Danielle. Il n'a fait, toute la matinée, que demander si Belle viendrait… N'est-ce pas, Gabriel?
Le jeune homme inclina affirmativement la tête… Il considérait avec une émotion contenue le tableau charmant formé par la jeune fille et l'enfant qui se pelotonnait joyeusement contre elle.
—Michel est assez difficile d'ordinaire envers les visages peu connus.
Il faut qu'il ait deviné en vous un grand amour pour les enfants, dit
Antoinette.
—Je ne savais pas les aimer, car je n'en connaissais pas. La vue de votre joli petit Michel a été pour moi une révélation… Et cependant, on m'a dit que je devrais aimer mes enfants par devoir, en me gardant bien de suivre l'entraînement de la tendresse maternelle… que je ne devrais pas m'y attacher… comme si cela était possible! dit-elle d'un ton de révolte.