Elle s'éloigna vers la maison, et Danielle, souriante et rougissante, prit la main d'Isabelle.

—Chère Isabelle, ma nouvelle ne sera pas longue à dire… Je vais me marier. M. des Orelles a demandé ma main à papa et j'ai accepté avec bonheur, car il est si bon, si loyal!… et gai, aimable!… Oh! Isabelle, que je suis heureuse! fit-elle dans un élan de joie radieuse.

Le beau regard d'Isabelle se leva vers son amie, empreint d'une extrême surprise et d'une très sincère satisfaction.

—Vous allez vous marier!… Je ne m'y attendais pas… mais vous méritez si bien d'être heureuse, chère Danielle, vous et tous les vôtres!… Mais peut-être allez-vous les quitter désormais?

—Non, Isabelle, et cela ajoute à mon bonheur. Paul de Orelles est un dessinateur de talent et a à Paris une fort belle position. Nous resterons donc les uns près des autres et l'été nous verra tous réunis ici… Cela m'aurait causé tant de peine s'il avait fallu m'éloigner d'Antoinette, ma soeur tant aimée, presque ma mère, malgré les cinq années seulement qui nous séparent!

Involontairement, Isabelle se représenta le visage altéré qui lui était apparu tout à l'heure, près de l'église. Elle avait, un instant auparavant, attribué cette visible souffrance d'Antoinette au chagrin de voir sa soeur s'éloigner d'elle… et voici que tout se réunissait pour entourer cette union de sécurité et de bonheur… Alors, pourquoi avait-elle pleuré, la vaillante Antoinette si parfaitement maîtresse d'elle-même?

—Vous partez déjà, Isabelle?… Ne tardez pas à revenir, vous nous manquez beaucoup. Gabriel disait justement hier…

Elle s'interrompit pour répondre à un appel de M. des Orelles qui la cherchait de l'autre côté de la maison. Après avoir serré la main de son amie, elle s'éloigna rapidement tandis qu'Isabelle sortait de la Verderaye.

Tout en revenant vers Maison-Vieille, elle cherchait à se figurer ce qu'avait dit à son sujet M. Arlys. Se pouvait-il que l'absence de sa chétive personnalité eût été remarquée par cet homme supérieur?… Non, cela était totalement inadmissible. Mais alors, qu'avait-il dit?…

… Etait-ce dans l'espoir de résoudre cette question qu'Isabelle s'acheminait le lendemain vers la Verderaye, malgré la chaleur véritablement accablante?… La grande maison grise semblait littéralement brûler sous les rayons ardents qui l'enveloppaient; les géraniums, les suaves héliotropes, les roses éclatantes courbaient leur tête lasse. La terrasse étant intenable à cette heure, toute la famille s'était réunie sous l'allée de noyers qui longeait un des côtés du jardin. Voyant qu'elle n'avait pas été vue, Isabelle s'arrêta un instant pour considérer ce tableau familial auquel ne manquaient que Michel et Roberte, sans doute en train de faire leur sieste accoutumée dans la maison.