—Merci, Myrtô… Et si je vous demandais de distribuer cet argent à vos pauvres, l'accepteriez-vous?
—Pour eux, oui, avec bonheur! Je le leur donnerai en votre nom, mon cousin, et ils prieront pour vous! dit-elle, les yeux brillants de joie.
De nouveau, ils se remirent en marche, en silence. Le regard du prince, moins sombre qu'à l'ordinaire, se perdait dans la profondeur des futaies, rayées de lumière par les rayons de soleil qui réussissaient à percer l'épaisse voûte de feuillage.
Près du château, il appela un domestique et lui remit son cheval. Puis il s'inclina devant Myrtô en disant:
—Je vais changer de vêtements, et je me rendrai chez ma mère. Vous pouvez l'en prévenir, Myrtô.
La jeune fille, après avoir quitté sa robe de promenade, descendit chez la comtesse. Quand elle eut annoncé la visite du prince, elle vit soudain les mines s'allonger, Renat abandonna la partie qu'il faisait sur le tapis avec le petit chien de sa mère, Terka s'empressa de vérifier la parfaite correction de la table à thé, et Irène, sur une observation de la comtesse, essaya d'atténuer l'excentricité assez marquée de sa coiffure.
—C'est encore heureux qu'il ne nous tombe pas sur le dos, comme il en a coutume, fit-elle observer. Heureusement que vous l'avez rencontré, et qu'il a daigné vous communiquer son intention.
—Alors vous êtes revenue avec lui, Myrtô? dit la comtesse. Et il ne paraissait pas trop sombre, trop renfermé?
—Non, réellement, ma cousine. Mais comme on sent en lui une souffrance immense!
—Eh bien, c'était le moment de tenter cet apostolat que vous nous prêchez si bien! dit ironiquement Irène. Puisque vous le plaignez tant, vous…