—A quoi vous serviront toutes ces pauvres fleurs, mes petits? fit-elle observer. Il ne peut être question de les rapporter au château…

—Oh! non! dit Mitzi avec effroi. Le prince Milcza s'est tellement fâché contre Terka, il y a deux ans, un jour quelle avait oublié à son corsage une rose donnée chez les Boldy!

—C'est dommage, elles sont si belles! dit Renat d'un ton de regret.
Tiens, une idée, Mitzi, nous allons en faire une parure pour Myrtô!
Elle sera la fée aux fleurs.

Mitzi battit des mains, et Myrtô se prêta complaisamment à la fantaisie des enfants… Bientôt, elle se trouva littéralement couverte de fleurs.

—J'ai vu dans le bois à côté de grandes clochettes roses très jolies, dit Renat. Viens, nous allons en chercher, Mitzi.

—Ne vous éloignez pas, recommanda Myrtô, et revenez aussitôt que je vous appellerai.

Ils partirent en courant, et Myrtô se remit à son travail interrompu par les enfants.

Un pâle soleil de fin d'automne enveloppait la jeune fille. A travers les fleurs légères qui les parsemaient, ses cheveux prenaient des reflets d'or foncé. Une frange de fleurettes aux tons mauves tombait sur son front, jetant un peu d'ombre sur ses prunelles baissées, voilées de leurs longs cils dorés.

Son aiguillée étant terminée, elle leva la tête pour chercher son fil que les enfants avaient sans doute fait tomber dans l'herbe. Mais une exclamation d'effroi s'étouffa dans sa gorge…

Presque en face d'elle, appuyé au tronc d'un des arbres du petit bois, se tenait le prince Milcza. Il était très pâle—presque aussi pâle que Myrtô l'avait vu au moment de l'agonie de son fils—et ses traits se crispaient un peu…