Il se pencha pour ramasser l'ouvrage que la jeune fille, dans son saisissement, avait laissé glisser à terre, et s'éloigna avec une sorte de hâte.

Quand les enfants revinrent, ils trouvèrent Myrtô inactive, non encore remise de son émotion.

Elle rangea son ouvrage, et reprit aussitôt avec eux le chemin du château.

Le prince Milcza arriva fort en retard pour le thé. Il s'excusa d'un air distrait, et, à peine assis près de la comtesse, demanda tranquillement, comme s'il eût continué une conversation commencée le matin:

—Je crois, ma mère, que vous devez songer à votre habituel séjour à
Vienne?

La comtesse, un instant saisie, balbutia enfin:

—Oui, nous y pensions… mais à cause de vous, Arpad… si notre présence ici vous est agréable…

—Vous n'en doutez pas, je l'espère? dit-il avec une froide courtoisie. Mais je ne prétends rien changer à vos habitudes ni vous imposer un hiver à Voraczy.

—Nous le ferons volontiers pour vous, Arpad! dit-elle avec un élan sincère.

—Je vous remercie, répondit-il avec la même froideur, mais je n'accepte pas ce sacrifice. Je suis d'ailleurs destiné à la solitude, elle est et elle restera le lot de ma vie.