—Comment, vous partez demain? dit-elle d'un ton stupéfié.

—Oui, je suis venu seulement pour la messe de minuit… Je parais vous étonner fortement? Que voulez-vous, j'ai la réputation d'avoir des idées très fantasques, parfois, dit-il avec un sourire teinté d'ironie.

—Mais vous n'avez pas vu votre mère, ni vos soeurs?

—Oh! croyez-vous qu'elles en soient si fâchées! fit-il avec une lueur railleuse dans le regard. Ma présence leur aurait gâté leur fête de Noël…

—Oh! Arpad!

Il lui prit la main et dit en souriant:

—Vous êtes très aimable de protester, Myrtô. Mais vous constaterez que j'ai bien deviné, à la façon dont mes soeurs, tout au moins, accueilleront la nouvelle que vous leur annoncerez… Vous allez peut-être me dire que j'ai fait ce qu'il fallait pour cela? Non, vous n'osez pas? Mais vous le pensez, je le sais… Certes, je n'ai pas été un frère aimable. Mais si j'avais senti chez elles l'énergie, la vaillance à la fois si intrépide et si douce de certaine petite âme que je connais, au lieu de les voir plier servilement sous mes volontés les plus injustes, croyez, Myrtô, que mon estime et mon affection pour elles auraient été fort augmentées, et que je les verrais d'un oeil beaucoup plus bienveillant, beaucoup plus fraternel.

L'allusion de son cousin avait couvert le visage de Myrtô d'une légère teinte rose, et mis dans son regard un peu de confusion. Elle dit pour changer de sujet:

—Ainsi, vous êtes absolument décidé pour demain matin?

—Absolument… J'ai de grands projets, Myrtô, je suis seulement venu chercher ici un peu de lumière, et j'en emporte plein le coeur. J'ai eu encore là-bas de terribles crises morales, j'aurais sombré, si je n'avais senti autour de moi comme un doux rayonnement, et une ambiance de prières, celles du Père Joaldy, et les vôtres, Myrtô… Maintenant, j'emporte de la lumière! répéta-t-il d'un ton d'allégresse contenue.