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Lorsque, deux jours plus tard, la comtesse Zolanyi et ses filles revinrent à Budapesth, elles manquèrent tomber de leur haut en apprenant la singulière apparition du prince Milcza dans la vieille demeure où il n'avait pas mis les pieds depuis des années.

—Voilà qui est bien de lui! s'écria la comtesse en levant les bras au plafond. Tomber sur les gens, les surprendre, pour avoir le plaisir de leur confusion!… Et qu'a-t-il dit en ne nous trouvant pas là, Myrtô? Etait-il très mécontent?

—Mais vraiment non, ma cousine. Il ne pouvait l'être, raisonnablement… Lui seul était fautif en ne vous prévenant pas de son arrivée.

—Oh! si vous croyez qu'il se donnerait la peine!… dit Irène. Et, fautif ou non, ce n'est jamais lui qui a tort.

—Mais enfin, quelle singulière idée lui a pris là! dit la comtesse qui semblait réellement abasourdie. Lui, qui n'a pas quitté Voraczy depuis si longtemps!… Et venir passer seulement quelques heures ici!

—Pour aller à la messe de minuit, lui qui avait déserté l'église! ajouta Terka. C'est presque invraisemblable, ce que vous racontez, Myrtô, et si Fraulein Rosa ne s'était trouvée là, j'aurais pensé que vous aviez été le jouet d'un rêve.

—Est-il toujours sombre? Vous a-t-il paru remis un peu de sa grande douleur? interrogea la comtesse.

—Oui, vraiment, ma cousine. On sent fort bien qu'il souffre profondément toujours, mais il réagit et sa physionomie n'est plus tout à fait comme autrefois… Fraulein Rosa l'a remarqué aussi.

—Oui, c'est exact, confirma l'institutrice.