—Et il a accepté de réveillonner avec vous? dit Irène d'un ton de profonde stupéfaction. Allez-vous m'apprendre aussi qu'il s'est montré causant et aimable?
—Mais parfaitement, vous tombez juste, répliqua l'institutrice avec calme.
La jeune fille laissa glisser ses bras le long de son corps.
—Non, Fraulein, c'est inouï!… quelle fée l'a donc transformé d'un coup de baguette?
—Mais enfin, vous a-t-il donné une explication plausible sur ce voyage impromptu? interrogea la comtesse.
—Il m'a dit qu'il lui était venu tout à coup l'idée de passer en famille cette nuit de Noël, répondit Myrtô.
—Mais en cas, il aurait dû être très désappointé, très mécontent?… Je crois plutôt qu'il n'a pas eu le courage de rester à Voraczy pour cette fête de Noël, qui lui rappelait peut-être plus cruellement le souvenir de son fils. L'enfant avait ce jour-là la permission de prolonger un peu la soirée, son père le prenait sur ses genoux, au coin de la cheminée bien garnie de bûches, et le Père Joaldy venait lui raconter des légendes de Noël.
—Oui, vous devez avoir trouvé, maman, dit Terka. Il est évident que notre absence lui importait bien peu. Et il faut convenir que… notre veillée de Noël n'aurait pas été si agréable que là-bas.
—C'est donc Myrtô et Fraulein qui auront eu tout l'honneur et le plaisir de la rapide visite du prince Milcza, ajouta ironiquement Irène. Elles n'en paraissent pas plus émues que cela!… Pourtant, de le voir seulement un peu causant, il y avait de quoi être renversée, réellement!
—J'en ai été simplement satisfaite pour lui, répondit Myrtô avec froideur.