Myrtô s'arrêta de lire, car les larmes emplissaient ses yeux… Comme il était bon et délicat! Comme il savait trouver tout ce qui pouvait toucher le plus profondément le coeur de Myrtô!
Etait-ce vraiment ce même homme si glacial, si indifférent, qui n'avait même pas daigné, l'année précédente, l'accueillir du nom de cousine, qui lui avait imposé près de Karoly cette sorte d'esclavage que l'abnégation chrétienne de Myrtô, sa compassion et son affection grandissante pour l'enfant avaient seules rendu supportable, et bientôt même plein de douceur?
Etait-ce cet être dédaigneux de tout et de tous, ce misanthrope, ce despote qui courbait les volontés autour de lui et n'avait pas un regard de pitié pour les souffrances des humbles?
—Oh! mon Dieu, soyez béni! dit-elle dans un élan d'ardente reconnaissance. Soyez béni pour l'avoir enlevé à ses ténèbres, et faites luire en son âme votre pleine lumière, Seigneur!
* * * * *
Cette fois, le prince Milcza arrivait à la date fixée. Une dépêche, parvenue au château le matin même, en informait la comtesse Zolanyi.
—Ne vous attardez pas, Myrtô, dit Terka en voyant sa cousine sortir vers deux heures, son chapeau sur la tête. Le prince sera ici avant cinq heures.
—Mais je suppose que la présence de Myrtô n'est pas indispensable à son arrivée! répliqua ironiquement Irène.
—Oh! évidemment non! dit l'aînée en reprenant sa lecture.
Myrtô sortit du château, où s'agitaient les laquais en livrée de gala, elle se dirigea vers le village d'un pas un peu pressé. Quoi qu'en pensassent ses cousines, elle tenait à ce que le prince Milcza, à son arrivée, la trouvât avec sa famille. Il lui avait trop bien témoigné qu'elle en faisait partie, il s'était montré trop délicatement attentionné à son égard pour qu'elle ne se crût pas tenue à cette preuve de déférence.