Au village de Lohacz, elle revit ses chers pauvres de l'année précédente, qui l'accueillirent avec une joie visible. Elle put constater que déjà le sort de beaucoup s'était amélioré, et que le nom du prince Milcza n'était plus prononcé avec tant de crainte que l'année précédente.

—Son Excellence a renvoyé plusieurs ispans qu'on lui avait signalés comme trop durs, dit-on à Myrtô, de sorte que les autres sont devenus beaucoup moins exigeants… Et il paraît que le prince a dans l'idée beaucoup de réformes et d'améliorations.

En dernier lieu, Myrtô entra dans une misérable demeure où végétaient une jeune veuve, toujours malade; et ses deux petites filles. Le médecin était là, occupé à admonester l'aînée qui se refusait absolument à se laisser faire une indispensable petite opération à son doigt malade. Elle se roulait en criant sur le sol de terre battue, et sa mère, désolée et fatiguée après de vaines instances, était tombée épuisée sur une chaise.

—Que voulez-vous, je reviendrai demain! dit le médecin. Mais il sera peut-être trop tard.

Myrtô tenta à son tour de décider la petite furie. Sa voix à la fois sévère et douce calma peu à peu l'enfant, mais celle-ci ne voulut consentir à l'opération que si Myrtô la tenait sur ses genoux.

La jeune fille n'hésita pas un instant à demeurer là, bien qu'elle sût qu'il lui restait à peine le temps indispensable pour regagner Voraczy et changer de vêtements. Quand l'enfant fut pansée et tout à fait rassurée, elle s'éloigna seulement, en hâtant le pas.

Mais comme elle approchait, elle leva les yeux et vit la bannière princière qui s'élevait lentement au-dessus du château. Le prince Milcza arrivait à Voraczy.

Myrtô ralentit le pas. Maintenant, il ne lui servait à rien de se presser, elle ne pouvait se présenter dans cette tenue de promenade, quelque peu poussiéreuse, devant lui qui tenait tant au décorum le plus strict.

Elle entra par une porte de service, et gagna son appartement… Un quart d'heure plus tard, on frappa chez elle, et elle vit apparaître la comtesse Zolanyi.

—Eh bien! que vous est-il arrivé, Myrtô? Mon fils s'est montré très surpris et mécontent de ne pas vous voir avec nous…