—Si mon fils la voit, il est capable de faire quelque malheur!
Marsa avait rencontré Myrtô, elle s'était jetée à ses pieds, et la jeune fille, émue, avait promis de parler pour elle. Ce n'était pas cependant sans quelque appréhension qu'elle avait rempli sa promesse. Elle allait réveiller de douloureux souvenirs, se heurter sans doute à un violent ressentiment… Et, de fait, le prince, très pâle, le regard dur, l'avait interrompue aux premiers mots.
—Je ne vous refuserai rien, Myrtô, sauf cela!… Sans cette misérable, mon bien-aimé serait encore en vie.
—Mais un chrétien doit pardonner, Arpad!… Et songez à la situation de cette pauvre femme, qui se trouvait sans nouvelles de sa mère et de son enfant malade!
—Pas cela, Myrtô, pas cela, je vous en prie!… Ne comprenez-vous pas que vous me faites mal? avait-il répliqué d'un ton altéré.
Elle n'avait pas insisté et s'était contentée de prier… Le lendemain matin, après l'avoir aidée à se mettre en selle pour la promenade à cheval presque quotidienne, il lui avait dit en retenant sa petite main entre les siennes:
—J'ai donné des ordres pour que la famille de Marsa réintègre le logis d'autrefois. Vous voilà contente, Myrtô?
—Oh! Arpad!
Son regard le remerciait mieux que toute les paroles de reconnaissance, et le pli profond que la lutte contre son ressentiment avait creusé au front du prince, s'effaça aussitôt devant la radieuse lumière de ces prunelles veloutées.
Au cours des promenades où il accompagnait ses soeurs et sa cousine, le prince Milcza s'arrêtait parfois à la porte de quelque pauvre demeure. Les enfants s'enfuyaient, effarés, mais revenaient vite à la voix de Myrtô, bien connue de tous. Les plus grands gardaient les chevaux, tandis que les promeneurs pénétraient dans le triste logis. Le prince interrogeait les habitants sur leurs besoins, sur leurs aptitudes, il caressait les petits enfants et montrait une si grande bonté que la crainte excitée par son apparition se dissipait peu à peu, grâce aussi, il faut le dire, à la présence de Myrtô que tous ces malheureux appelaient "notre ange".