Elle se montrait très confuse des témoignages de gratitude dont elle était l'objet, mais, en revanche, le prince Milcza paraissait prendre plaisir à entendre louer sa cousine. Il y contribuait du reste lui-même en faisant passer une partie de ses aumônes par les mains de Myrtô.
—Tenez, Myrtô, vous remettrez ceci à tel, disait-il en entrant dans le salon de sa mère. Si ce n'est pas assez, dites-le-moi… Et j'ai pensé que l'on pourrait donner la petite maison du bord du lac à ce vieillard, qui a l'air si honnête et si résigné. Qu'en dies-vous?
Rien n'était fait sans son avis, elle avait voix prépondérante sur les décisions de son cousin. Avec le Père Joaldy, et parfois Terka dont l'indifférence se fondait peu à peu au contact de Myrtô, ils discutaient sur la fondation d'écoles ménagères, d'ouvroirs, d'asiles pour les vieillards et les infirmes. Le prince avait tracé lui-même le plan d'un établissement destiné à recueillir les petits enfants abandonnés et qui porterait le nom de son fils.
Le Père Joaldy multipliait les actions de grâces, son regard rayonnait chaque fois qu'en entrant, le dimanche, dans la chapelle pour dire sa messe, il voyait occupé le fauteuil princier si longtemps vide… Et le château tout entier sortait, avec une sorte d'allégresse, de la torpeur où l'avait plongé la misanthropie de son seigneur.
Avec l'été, les réunions se multipliaient. Le prince Milcza avait accepté d'avoir à Voraczy quelques hôtes, entre autres son cousin Mathias Gisza. Le jeune comte était très empressé près de Myrtô, au violent dépit d'Irène, que les malicieuses remarques de ses amies exaspéraient encore.
—C'est ridicule de traiter comme l'une de nous cette jeune fille qui est destinée à l'existence la plus modeste, maman! dit-elle un jour en voyant Myrtô plus jolie que jamais dans une toilette blanche très simple que lui avait offerte la comtesse Gisèle.
Celle-ci regarda sa fille avec surprise.
—Comme l'une de nous?… Tu sais qu'elle-même m'a priée de ne rien lui donner de luxueux et ce n'est pas ma faute si sa beauté pare la plus modeste des toilettes. Quant à une future existence modeste… Irène, je crois qu'elle fera un brillant mariage.
Les lèvres d'Irène se serrèrent nerveusement.
—Elle en est capable! dit-elle entre se dents serrées. Mathias… ou
Arpad, peut-être!