—Oui, Arpad… murmura la comtesse. Il faut que ce soit elle, cette irrésistible petite charmeuse, pour avoir détruit aussi promptement sa farouche défiance. Il serait heureux avec elle…

Irène bondit.

—Comment, vous accepteriez cela, tout simplement? Cette jeune fille sans le sou, cette enfant d'un artiste raté…

—Tu es ridicule, Irène, dit la comtesse d'un ton fâché. Cette jeune fille est une Gisza, son père était de noble race, un peu déchue seulement. Elle est admirablement distinguée, exquise au moral et au physique. Je n'aurai pas une pensée de blâme pour Arpad s'il veut me la donner pour belle-fille.

—Tous en admiration devant elle! dit rageusement Irène. Ah! elle savait ce qu'elle faisait, l'intrigante, avec ses mines pieuses et modestes, son affectation de dévouement! Malgré sa précédente expérience, le prince Milcza s'y est laissé prendre encore…

—Irène, tu ne dois pas parler ainsi! s'écria la comtesse d'un ton sévère, bien rare chez elle, Myrtô a préservé la vie de ta soeur au péril de la sienne, elle est pour nous tous dévouée et affectueuse…

Un bruit de pas au dehors l'interrompit. Le prince Milcza entra avec son cousin et demanda en s'asseyant près de sa mère:

—Myrtô n'est pas encore descendue?

—Si, elle est dans le salon de musique avec Terka… Les voici.

—Arrivez, Mesdemoiselles! dit gaiement le comte Gisza en faisant quelques pas au-devant des jeunes filles. Le prince Milcza va vous annoncer deux importantes nouvelles…