—Myrtô n'est pas une mondaine, heureusement, elle ne désire que la tranquillité… Du reste, son deuil n'est pas terminé, elle ne pourrait participer à ces grandes réunions que vous paraissez désirer autant qu'Irène, Mathias.
—Oh! pas tant que cela, dit le jeune officier sans s'apercevoir de l'ironie contenue dans le ton de son cousin. Je me trouve fort bien ainsi, du moment où cela vous plaît à tous. Avec ou sans fêtes, Voraczy est pour moi un Eden.
Les lèvres du prince Arpad frémirent un peu, il se détourna pour adresser une observation impatiente à Renat qui entrait… Et, les autres hôtes de Voraczy arrivant pour le thé, la conversation changea de sujet.
On demanda à Myrtô un peu de musique. Le prince Milcza se leva aussitôt en disant qu'il accompagnerait sa cousine. Ils s'éloignèrent vers le salon de musique, et Myrtô ouvrait une petite armoire ancienne pour y choisir un morceau…
—Que jouons-nous, Arpad?
—Ce que vous voudrez, Myrtô. Nous avons les mêmes goûts, vous le savez…
Il s'interrompit, ses traits eurent une crispation douloureuse. Un morceau de musique venait de glisser à terre, et c'était celui qu'avait préféré le petit Karoly, celui qu'il demandait toujours avant tout autre.
—Mon petit chéri… mon petit aimé! murmura-t-il.
Le doux regard de Myrtô enveloppa sa physionomie altérée, la petite main de la jeune fille saisit la sienne… Mais il la repoussa en disant d'un ton sourd et irrité:
—Vous me plaignez… oui, c'est cela seulement, de la compassion…