Toute saisie, un peu pâle elle le regardait sans comprendre… Il lui prit tout à coup les mains en murmurant:

—Pardonnez-moi, Myrtô, je souffre!… Je suis un ingrat, car, quoi qu'il arrive, vous aurez été pour moi une bienfaisante lumière…

Il s'interrompit, Terka et la comtesse Gisza entraient. Au hasard, Myrtô prit un morceau et se dirigea vers le piano, l'âme émue et un peu angoissée.

CHAPITRE XV

Madame de Soliers et son père se trouvaient depuis huit jours les hôtes du prince Milcza. Tous deux étaient tombés en admiration devant les merveilles de Voraczy. Lui, avait peine à s'arracher de la bibliothèque et de la galerie qui contenait d'inappréciables collections; elle, parcourait les pièces de réception, se grisant de ce luxe artistique, déplorant, avec Irène et quelques autres mondaines, que l'on ne pût décider le prince Arpad à donner quelques-unes de ces merveilleuses fêtes qui avaient réuni ici, du temps de la princesse Alexandra, la noblesse hongroise et autrichienne.

—Il parle maintenant de n'en pas offrir même à l'occasion de la visite de l'archiduc! disait Irène. Il paraît s'assombrir, depuis quelque temps.

—Et il est impossible de vaincre sa volonté, ajouta la vicomtesse d'un ton vexé. J'ai bien essayé d'insinuer que je serais charmée de voir une de ces fêtes, mais il m'a répondu très froidement qu'il n'avait plus le goût des grandes réunions mondaines. Je n'ai pas osé insister, car, franchement, comtesse, votre frère est très intimidant quand il prend cet air-là!

—A qui le dites-vous! murmura Irène avec une sourde colère.

—C'est vrai, ma chère comtesse, vous ne paraissez pas être dans ses bonnes grâces. Il n'est pas précisément aimable pour vous, je l'ai remarqué.

—Oui… et à cause de cette Myrtô! dit Irène avec une sorte de rage.