—Il est si bien, et si parfaitement grand seigneur!… Princesse Milcza… et une fortune fabuleuse… Mais il est inutile de lutter contre elle, je l'ai compris dès le premier jour, en voyant cette créature ravissante de corps et d'âme. J'attendrai la visite de l'archiduc, puis nous quitterons aussitôt cette demeure, car il me sera dur… très dur de rester ici sans espoir.
* * * * *
Myrtô, assise devant son petit bureau, venait d'achever d'écrire aux dames Millon… Et maintenant, un peu renversée sur sa chaise, elle laissait son regard se perdre dans la profondeur bleue de l'horizon qui lui apparaissait par la fenêtre ouverte.
Elle éprouvait depuis quelque temps un peu de lassitude, morale surtout. Malgré tout, une atmosphère de mondanité régnait à Voraczy, et elle y avait été jusqu'ici si peu accoutumée qu'elle en ressentait, à certains instants, une sorte de fatigue. Elle réussissait à la dissimuler—sauf peut-être au coup d'oeil perspicace et toujours en éveil du prince Milcza—mais ici, elle laissait ses nerfs se détendre et son esprit se reposer dans une songerie paisible.
Elle pensait à ses chers pauvres, au vieux Casimir qui allait mourir, à la petite Marcra dont la frêle santé serait bientôt remise, grâce à la générosité du prince Arpad… Et une ombre voilait ses yeux tandis qu'elle songeait au pli soucieux remarqué depuis quelque temps sur le front de son cousin, à sa visible préoccupation, à une sorte d'angoisse traversant parfois son regard. Il souffrait toujours, il luttait sans doute contre ses déchirants souvenirs…
Un coup léger, frappé à la porte, la fit un peu tressaillir… C'était la comtesse Zolanyi, l'air ému et ravi.
—J'ai à vous parler, ma chère enfant, dit-elle en se laissant tomber sur un fauteuil après avoir fait signe à Myrtô de ne pas se déranger. Je viens ici en ambassadrice… ou plus exactement, je remplace votre mère. Il s'agit, en effet, de deux demandes en mariage.
Myrtô eut un vif mouvement de surprise et son teint s'empourpra un peu.
—Des demandes en mariage? pour moi? dit-elle d'un ton incrédule.
—Mais oui, pour vous? Pourquoi semblez-vous si étonnée?