—C'est que je suis sans dot, ma cousine, et je croyais…
—Il y a encore des gens désintéressés, qui apprécient la beauté morale et physique au-dessus de l'argent. Le prince Milcza a reçu la confidence de Miheli Donacz, et il m'a chargée de vous présenter la demande de ce jeune poète, déjà une de nos gloires nationales et qui souhaite ardemment vous faire partager les honneurs qui l'attendent. C'est un noble caractère, vous avez pu le juger, du reste. Déjà riche, il appartient, en outre, à une vieille et honorable famille, et il est excellent chrétien.
—Oui, je le sais, et j'estime profondément ses grandes qualités, murmura Myrtô.
Pourquoi, soudain, une tristesse étrange, une mystérieuse angoisse l'envahissaient-elles?
—L'autre demande m'a été faite par le comte Gisza. Vous avez pu, lui aussi, l'étudier et le juger. C'est un charmant garçon, riche, suffisamment sérieux, très estimé comme officier. Il vous admire et vous aime, Myrtô, et son oncle, qui lui a servi de père, lui donne son consentement, après m'avoir écrit à ce sujet.
Myrtô, un peu pâle maintenant, baissait les yeux, en froissant d'un mouvement inconscient ses petites mains sur sa jupe blanche.
—Je ne vous demande pas une réponse immédiate, mon enfant, vous réfléchirez tant qu'il vous plaira, continua la comtesse. Vous choisirez en toute indépendance, et je crois que l'un ou l'autre de ces deux partis eût été pleinement approuvé par votre mère.
Myrtô leva les yeux, elle dit d'un ton calme et résolu:
—Je crois, ma cousine, qu'il est inutile de laisser M. Donacz et le comte Gisza dans l'incertitude, du moment où je suis certaine, demain comme aujourd'hui, de leur répondre par un refus.
—Myrtô!… est-ce possible! balbutia la comtesse. Il faut absolument réfléchir, mon enfant… Que leur reprochez-vous, voyons?