—Rien, oh! rien! J'admire leur désintéressement, vous le leur direz en les remerciant… mais je dois vous avouer, ma cousine, que mon coeur est complètement froid à leur égard.
—Petite ingrate!… eux qui vous aiment tant! Ce pauvre Mathias!…
Vous voulez donc le désoler, Myrtô?
—J'en suis au regret… Mais il se consolera, ma cousine… Et il est plus loyal de lui enlever dès maintenant tout espoir.
—Je n'ose insister, mon enfant… Du moment où votre coeur ne parle pas, je comprends… Mais je suis peinée du chagrin que je vais lui causer.
—Moi aussi, dit Myrtô avec émotion. Mais cependant il m'est impossible d'agir autrement… Pardonnez-moi, ma bonne cousine, l'ennui dont je suis cause pour vous!
—Je n'ai rien à vous pardonner, ma pauvre petite! Je regrette seulement que vous ne puissiez trouver votre bonheur dans l'un de ces excellents partis… Allons, mignonne, embrassez-moi, et n'en parlons plus. Mathias partira ce soir, vous n'aurez pas ainsi l'embarras de le revoir.
Elle baisa le front de la jeune fille et s'éloigna.
Quelques instants, Myrtô demeura immobile et songeuse… La bizarre angoisse ressentie tout à l'heure ne s'évanouissait pas. Pourquoi la communication de la comtesse Gisèle lui produisait-elle cet effet, puisque la demande de ces deux jeunes gens, si flatteuse qu'elle fût pour une jeune fille sans fortune, la laissait entièrement froide?
Myrtô se leva d'un mouvement résolu. Elle était accoutumée à réagir contre les impressions vagues, à ne pas s'engourdir dans d'inutiles rêveries… Ayant jeté un coup d'oeil sur sa coiffure, elle descendit, car l'heure du thé approchait.
Au lieu de gagner directement le salon des Princesses, où se réunissaient à cette heure les hôtes du château, elle entra dans le salon de musique pour chercher une Berceuse, oeuvre du prince Milcza, qu'elle avait jouée la veille avec lui pour la première fois, et qu'elle souhaitait revoir seule tout à son aise pour en mieux détailler les délicates beautés et la pénétrante expression.