Près d'une des portes-fenêtres ouvrant sur la terrasse, Irène se tenait debout, les traits durcis et le regard sombre. Elle enveloppa sa cousine d'un noir coup d'oeil et dit d'un ton sifflant:
—Eh bien! il paraît que vous faites la dédaigneuse, mademoiselle Elyanni? Un Miheli Donacz, un comte Gisza ne vous suffisent pas! Vous rêver sans doute mieux que cela?
—Je ne rêve rien du tout, répliqua froidement Myrtô. Je n'ai jusqu'ici jamais beaucoup pensé au mariage, étant si jeune encore et sachant que mon manque de dot pourrait être un obstacle… mais ce que je sais, c'est que M. Donacz et le comte Gisza, malgré leurs très réelles qualités et l'estime dans laquelle je les tiens, me sont trop indifférents pour que j'aie eu un seul instant d'hésitation.
Irène eut un petit rire bref et sardonique.
—C'était bien la peine, vraiment, qu'il vous entourent de tant d'hommages, que Miheli Donacz chante la jeune Grecque et ses yeux de lumière, que le comte Mathias délaisse pour vous le château de son oncle, où l'on donne des fêtes si exquises? Vous êtes un coeur de marbre, Myrtô!
Elle rit de nouveau et s'avança lentement vers le milieu du salon, tandis que Myrtô, dominant l'impatience irritée qui la gagnait, se penchait vers un casier à musique.
—Enfin, à défaut de votre mariage, je crois que nous en aurons un autre, continua tranquillement Irène. J'ai idée que le prince Milcza… Il vient de s'en aller du côté des serres avec Mme de Soliers, soi-disant pour lui montrer je ne sais quelle plante qu'elle désirait connaître. Mais il semblait très ému, très anxieux… Je pense, Myrtô, qu'il y aura ce soir une fiancée à Voraczy.
Myrtô se redressa brusquement, aussi blanche soudain que sa robe, ses yeux un peu dilatés se posèrent sur Irène…
—Elle! Oh! vous croyez? dit-elle d'une voix étouffée.
—Mais, certainement! Pourquoi semblez-vous si étonnée? Ne fera-t-elle pas une charmante princesse? Elle est fort gracieuse, et si intelligente! Je m'explique maintenant le séjour du prince à Paris, et sa transformation si complète.