—Mais pourtant, il ne paraissait pas… il est plutôt froid avec elle… Et elle est très mondaine… dit Myrtô.
Sa voix lui paraissait étrange, comme très lointaine, une sorte de brouillard passait devant ses yeux…
—Oh! il saura l'habituer à ses goûts, et comme elle en est fort éprise, elle se pliera volontiers à ce qu'il voudra. Je pense qu'il sera très heureux, et nous aurons une aimable belle-soeur qui égayera tout à fait cette demeure.
Myrtô se pencha de nouveau vers le casier et attira à elle au hasard quelques morceaux de musique. Irène l'enveloppait d'un regard de satisfaction méchante, elle semblait noter la pâleur de ce teint admirable, le frémissement des petites mains dont la forme idéale et la finesse avaient si souvent fait son envie.
Mais un appel de sa mère lui fit quitter le salon… Myrtô remit alors en place les morceaux qu'elle feuilletait machinalement, ne se souvenant même plus de ce qu'elle cherchait. Elle sortit sur la terrasse, descendit les degrés et, toujours machinalement, se dirigea vers le parc.
Les paroles d'Irène bourdonnaient singulièrement dans son cerveau. "Je crois, Myrtô, qu'il y aura ce soir une fiancée à Voraczy."… Jamais elle n'aurait pensé… non, jamais!
Pourquoi donc cette supposition d'Irène l'avait-elle si profondément surprise et troublée? Il n'y avait cependant rien d'étonnant à ce que le prince Milcza, guéri de sa longue crise morale, cherchât à se refaire un intérieur… Seulement, il semblait bizarre qu'il eût choisi cette jeune femme très mondaine.
Il avait été séduit sans doute par son intelligence, par la vivacité de sa physionomie et le piquant de son esprit, par les délicates flatteries qu'elle ne lui ménageait pas…
Cependant, il se montrait simplement pour elle, comme pour tous les hôtes féminins de Voraczy, un maître de maison très courtois, sans rien de plus. Aucun empressement, aucune sympathie même…
Mais il n'aimait peut-être pas laisser voir ses sentiments, il les ferait connaître seulement à l'élue…