Devant l'esprit de Myrtô se dessina la mince silhouette de Mme de Soliers, son fin visage souriant et spirituel, au regard mobile, souvent moqueur…

—Le comprendra-t-elle? Le rendra-t-elle heureux?

Un étonnement lui demeurait que le prince eût choisi cette jeune femme… Et pourtant, Irène avait raison, ceci expliquait son séjour à Paris, et le changement qui avait fait du père désespéré un homme jeune et charmeur comme autrefois.

Elle le revoyait là, assis au bas de ces degrés, près de la chaise longue de son fils. Combien il était sombre et froid! Et cette volonté tyrannique dont Myrtô, comme les autres, avait senti souvent le poids… Et cette scène à propos de Miklos…

Tous les souvenirs de ces dix-huit mois lui revenaient, tour à tour poignants et doux, tandis que les larmes montaient lentement à ses yeux… Et de nouveau elle oubliait l'heure, elle laissait s'écouler les minutes dans ce retour vers le passé.

Le soleil, déjà bas sur l'horizon, enveloppait d'une clarté rose la jeune fille vêtue de blanc qui s'appuyait à la colonne de marbre, évoquant, dans sa pure beauté grecque, la pensée d'une jeune prêtresse de Minerve Athénée. Dans les grandes prunelles noires flottait une souffrance profonde, mais aussi une calme résignation. Un cerne léger s'était formé sous les yeux de Myrtô, et sa tête charmante se penchait un peu, comme si elle avait peine à supporter la lourde chevelure teintée d'or fauve par les rayons du soleil…

Aux alentours, le sol était couvert d'un épais gazon qui étouffait le bruit des pas… Comme Myrtô l'avait fait un jour, quelqu'un apparaissait inopinément au tournant du temps. Mais cette fois c'était "lui"…

Elle eut un brusque mouvement et pâlit encore davantage… Déjà, il escaladait les degrés et s'avançait vers elle…

—Myrtô, que vous arrive-t-il? Nous étions inquiets, là-bas, je suis parti à votre recherche…

Il s'interrompit et posa son regard sur celui de sa cousine.