—Ne me remerciez pas encore mon enfant, car ceci n'est qu'un projet tout personnel, que je désire fort voir aboutir, mais pour lequel il me faut l'approbation du prince Milcza, mon fils aîné. Je vis chez lui, et je ne puis vous prendre pour ainsi dire sous ma tutelle sans savoir ce qu'il en pensera… Mais ne craignez pas trop, il est fort probable qu'il me répondra que la chose lui importe peu… Quant à la question des appointements, je ferai comme pour Fraulein Loenig…
Un geste de Myrtô l'interrompit.
—Avant toute chose, il vous faudra juger, Madame, si je suis capable de remplacer l'institutrice de vos enfants. Cette question pourra donc s'arranger plus tard, il me semble.
—Oh! certainement!… Voulez-vous venir dès maintenant avec moi, si vous vous trouvez trop seule ici?
—J'aimerais à rester encore dans cet appartement, dit Myrtô dont les yeux s'emplirent de larmes.
—Comme vous le voudrez, mon enfant. Je vais donc écrire immédiatement à mon fils, afin que nous soyons fixées le plus tôt possible. Espérez beaucoup. Je lui parlerai de l'obligation pour nous de ne pas laisser à l'abandon une jeune fille qui a dans les veines du sang de Gisza. C'est la seule considération capable de le toucher, car essayer de l'attendrir serait peine perdue… Mais, dites-moi, quel est votre prénom, enfant?
—Myrtô, Madame.
—Myrtô! répéta la comtesse d'un ton surpris et mécontent. Pourquoi Hedwige ne vous a-t-elle pas donné un nom de notre pays?… Etes-vous catholique, au moins?
—Oh! oui, Madame, comme ma chère maman!… Et je m'appelle Gisèle-Hedwige-Myrtô. C'est mon père qui a voulu que l'on me donnât habituellement ce nom.
—Enfin, cela importe peu, dit la comtesse en se levant. Puisque vous préférez rester ici aujourd'hui, voulez-vous venir déjeuner avec nous demain?… Nous n'aurons personne, soyez sans crainte, ajouta-t-elle en voyant le regard que la jeune fille jetait sur sa robe de deuil.