Bien que Myrtô eût fort envie de refuser, elle se força raisonnablement à répondre par un acquiescement, et prit l'adresse que lui dictait la comtesse.
—Je vais maintenant me faire conduire au cimetière, dit cette dernière en lui tendant la main. Je veux prier sur la tombe de ma pauvre Hedwige… A demain, mon enfant.
—Oui, Madame, et merci de votre sympathie, et de l'espoir que vous m'ouvrez! dit Myrtô avec émotion.
—Appelez-moi votre cousine, je n'ai pas l'intention de me faire passer pour une étrangère vis-à-vis de vous… Allons, au revoir, Myrtô… Tenez, je vais vous embrasser en souvenir d'Hedwige.
Elle lui mit sur les deux joues un léger baiser et s'éloigna, laissant dans la salle à manger un subtil parfum.
Myrtô rentra dans sa chambre, elle s'assit de nouveau près de la fenêtre et appuya son front sur sa main.
Cette visite venait de soulever légèrement le poids très lourd qui pesait sur son jeune coeur. Elle avait senti chez la comtesse Zolanyi une certaine dose de sympathie, et le désir sincère de l'aider à sortir d'embarras. Comme elle avait craint de se heurter à la morgue patricienne de cette cousine de sa mère, elle ne songeait pas à se dire que la comtesse eût pu montrer envers elle un peu plus de chaleur, insister pour l'enlever à sa solitude, pour lui faire connaître ses filles, ne pas laisser si bien voir, en un mot, qu'elle ne remplissait qu'un devoir strict commandé par ses liens de parenté avec Myrtô, peut-être un peu, aussi, par l'affection conservée pour sa cousine Hedwige.
Non, Myrtô remerciait Dieu qui lui laissait entrevoir une lueur d'espérance dans la douleur où venait de la plonger la perte de sa mère, elle songeait qu'il serait moins dur, après tout, de remplir ce rôle d'institutrice près de parents plutôt qu'envers des étrangers quelconques… Et ce lui fut une pensée consolante de se dire qu'elle allait peut-être connaître le pays de sa mère, la Hongrie toujours aimée d'Hedwige Gisza.
CHAPITRE III
Le temps était froid et brumeux, il tombait une pluie fine lorsque Myrtô prit, le lendemain, le train pour Paris. Un peu d'angoisse l'oppressait à la pensée de pénétrer dans ce milieu inconnu, où tous n'auraient peut-être pas pour elle la même bienveillance que la comtesse Gisèle.