Elle se tordit violemment les mains et se renversa sur un fauteuil, en proie à une terrible crise nerveuse.
Myrtô, effrayée, laissa tomber ses fleurs et se précipita vers la sonnette. Puis elle revint vers sa cousine et essaya de la calmer, mais vainement.
La comtesse Gisèle et Terka arrivèrent bientôt, puis le docteur Hedaï. Irène s'apaisait peu à peu, mais tout son corps demeurait agité d'un tremblement, et elle était en proie à une fièvre violente.
Sa mère, sa soeur et Myrtô se remplacèrent près d'elle pendant cette journée et la nuit suivante. Elle avait le délire et, avec des gestes d'effroi, elle murmurait:
—Il va me tuer… j'ai peur!
Myrtô posait alors sa main sur le front de sa cousine, et la malade se calmait un peu… Vers le matin, elle s'endormit sous la douce caresse de cette petite main infatigable, et le docteur Hedaï déclara d'un ton de vive satisfaction:
—Allons, mon inquiétude disparaît, nous n'aurons pas les complications cérébrales que je craignais. La comtesse a pu éprouver une violente commotion morale, et, comme elle est fort nerveuse, il en est résulté un excessif ébranlement qui se calmera peu à peu.
La fièvre tombait en effet, l'agitation s'apaisait, reparaissant seulement à des intervalles de plus en plus éloignés. Mais la malade demeurait silencieuse et sombre, un bruit de pas dans les corridors la faisait tressaillir, et, entendant prononcer par Terka le nom d'Arpad, elle fut reprise d'une recrudescence de fièvre.
—Il y a eu une terrible scène entre lui et elle, il me l'a dit hier, expliqua Myrtô à sa cousine surprise de l'effet produit.
Au bout de quelques jours, le mieux était définitif. Irène reprenait quelque peu ses forces abattues par la fière et la fatigue nerveuse. Mais elle demeurait songeuse et triste, malgré tous les efforts de sa mère, de Terka et de Myrtô, elle semblait fort peu pressée de quitter son appartement pour reprendre sa vie accoutumée.