—Je le méritais, dit franchement Irène. Vous a-t-il appris comment je vous avais traitée?
—Je n'ai rien su, je ne veux pas savoir, Irène!
—Si, je veux vous le dire, moi! Je vous ai appelée intrigante, hypocrite… Et j'ai été si mauvaise pour vous, en vous racontant ce mensonge, à propos de Mme de Soliers! Oh! je comprends qu'il m'ait en horreur!
—Taisez-vous, Irène, ne vous agitez pas encore en ramenant sur l'eau toutes ces vieilles histoires. Vous savez bien que tout est oublié… Allons, venez avec moi, je veux vous montrer le nouvel arrangement de la grande serre.
Irène, après une courte hésitation, mit son chapeau et suivit sa cousine au dehors. Appuyée sur son bras, elle marcha lentement vers la serre principale, but indiqué par Myrtô.
Mais elle s'arrêta tout à coup et pâlit un peu. A quelques pas de la serre, le prince Milcza conférait avec le jardinier chef… En apercevant sa soeur et sa fiancée, il s'avança vivement, les mains tendues vers Irène.
—Ma pauvre Irène, vous voilà enfin! J'avais hâte de voir par moi-même comment vous vous trouviez!
Saisie par cette cordialité inaccoutumée, Irène balbutia, rougit, puis fondit en larmes.
Myrtô l'entraîna vers un banc et la fit asseoir entre le prince et elle. Irène sanglotait sur l'épaule de sa cousine, mais elle se calma bientôt aux affectueuses paroles de son frère et de Myrtô, et elle sourit enfin à travers ses larmes lorsque le prince Arpad dit gaiement:
—Je crois, Irène, que nous serons tous maintenant très unis, n'est-ce pas?