Et tandis que Myrtô songeait avec une radieuse allégresse: "C'est ainsi que nous serons, mon Dieu, puisque vous avez bien voulu le ramener à Vous!", lui, reportant son regard du cher visage transfiguré par la ferveur à la croix dressée au-dessus du tabernacle, disait du fond du coeur: "Merci, mon Dieu, de me donner cet ange pour soutenir et éclairer ma vie!"

Après la cérémonie, les nouveaux époux se rendirent dans la salle des Magnats, où défilèrent devant eux tous les assistants: parents, amis, serviteurs, tenanciers… Tous les pauvres gens secourus par Myrtô étaient là aussi, dévorant des yeux leur jeune princesse rayonnante de bonheur. Un à un, ils s'avançaient, baisant sa main et celle du prince Arpad, murmurant des voeux de longue félicité… Et, pour eux, Myrtô avait son plus joli sourire, son regard le plus doux.

Une femme jeune encore, aux cheveux bruns grisonnants, s'avança la dernière, tremblante, les yeux baissés. A sa vue, le prince eut un violent tressaillement, ses traits se crispèrent…

La femme était devant lui, courbée, presque agenouillée. Par un suprême effort sur lui-même, il étendit sa main que Marsa effleura de ses lèvres.

—Merci, seigneur! dit-elle d'une voix étouffée.

Et, en se redressant, elle enveloppa d'un regard d'ardente reconnaissance la jeune princesse qui lui souriait.

Puis ce fut le repas dans la salle des Banquets—repas d'une féerique somptuosité qui réunissait outre les nobles invités, tout le haut personnel de Voraczy. Le dessert terminé, l'archevêque se leva et prit des mains du Père Joaldy une coupe de lapis-lazuli, encerclée d'or et garnie de gemmes magnifiques. Depuis un temps immémorial, elle avait servi au mariage de tous les princes Milcza… Le prélat l'emplit de vin de Tokaï, il la bénit et s'avançant vers les nouveaux époux, la présenta au prince Arpad.

D'après le rite traditionnel à Voraczy, c'était l'époux qui devait, le premier, y tremper ses lèvres, affirmant ainsi sa suprématie conjugale, et la tendait ensuite à sa femme. Aussi y eut-il dans l'assemblée un vif mouvement de surprise lorsqu'on vit le prince, en un geste de respect chevaleresque, se pencher vers Myrtô et approcher lui-même de ses lèvres la coupe éblouissante. Après quoi, il but à son tour, tandis que les assistants, se levant, acclamaient les nouveaux mariés.

Pendant qu'on se répandait dans les salons, le prince et Myrtô allèrent faire le tour des longues tables dressées dans les jardins pour les tenanciers et les pauvres du pays. D'enthousiastes "eljen" les accueillirent, des malheureux sauvés de la misère ou du désespoir par celle qui était appelée couramment "notre ange", baisaient la robe de Myrtô… Le prince, visiblement ravi, emmena cependant bientôt la jeune femme, car celle-ci, malgré son énergie, ne pouvait dissimuler complètement la fatigue qui la gagnait après la longue cérémonie du matin et le repas interminable comme le voulait la tradition.

—Maintenant, vous allez pouvoir vous reposer, ma Myrtô. Ma mère et mes soeurs s'occuperont de nos hôtes. Voulez-vous que nous allions dans le parc? L'air dissipera peut-être votre mal de tête.