—Taisez-vous!… retirez-vous, misérable tentatrice! Je ne veux pas vous écouter un instant de plus. Mgr Gisza est encore là, allez lui apprendre la vérité… Et tout à l'heure, je partirai, je serai Myrtô Elyanni comme hier… et Dieu nous accordera la grâce de la résignation, acheva-t-elle d'une voix étouffée.

L'étrangère ne put retenir un geste de fureur.

—Vous êtes folle!… Il faut que vous acceptiez, je le veux, entendez-vous?

Elle avait saisi le poignet de la jeune femme et le serrait violemment, tandis que ses yeux bleu pâle l'enveloppaient d'un regard irrité.

—Lâchez-moi, ou j'appelle! dit fermement Myrtô. La table des gardes forestiers n'est pas loin d'ici, ils m'entendront aussitôt… Et si le prince vous voit, je ne réponds de rien…

Les beaux traits de l'étrangère étaient convulsés par une sorte de rage. Elle laissa aller cependant le poignet meurtri de Myrtô, et dit avec une sourde fureur:

—Vous êtes une créature stupide et folle… Mais je saurai arriver à mes fins d'une manière ou de l'autre. Vous entendrez encore parler de moi, princesse Milcza.

Elle ramena brusquement le capuchon sur sa tête et s'éloigna d'un pas rapide.

Myrtô demeura un instant immobile, pétrifiée dans son anéantissement affreux. Puis, passant d'un geste machinal la main sur son front, elle s'en alla au hasard vers le parc…

Elle laissait traîner sur le sol sa longue traîne de moire que les rayons du soleil déclinant faisaient étinceler. Elle n'avait plus de pensées, elle sentait ses idées vaciller dans son cerveau comprimé par l'angoisse épouvantable…