Elle se vit tout à coup près du temple grec. Une douleur atroce la mordit au coeur… Ici avaient eu lieu leurs fiançailles, ici elle avait connu ce qu'elle était pour lui…
Une grande faiblesse envahit tout à coup Myrtô, ses jambes fléchirent sous elle, et elle n'eut que le temps de se laisser tomber sur un des degrés du temple.
Là, le front entre ses mains, elle s'abîma dans une douleur silencieuse, dans l'agonie de son âme aux prises avec l'affreuse réalité.
Elle ne songeait pas à elle, à sa vie brisée, comme l'avait dit cette femme. Non, c'était lui… lui seul qu'elle se représentait, l'âme déchirée, désespérée peut-être. Il était si nouveau converti encore!… Oh! la pensée de sa douleur, de sa révolte!…
Elle se rappela tout à coup que, par deux fois, elle avait demandé de souffrir pour que Dieu accordât au prince Milcza la grâce du bonheur temporel et surtout éternel.
—Oh! mon Dieu, pour moi, ce que vous voudrez! Mais lui… lui qui a déjà tant souffert!
Comme une ironie mordante, les sons d'un orchestre de tziganes arrivaient jusqu'à elle, rythmant une czarda. C'était en son honneur que tout Voraczy était en fête… pour ce mariage dont tous, ce soir, connaîtraient la nullité. De ces cérémonies touchantes et magnifiques, de cette allégresse, de ce bonheur, il ne restait rien…
Et il y aurait de nouveau, à Voraczy, un homme au regard sombre, qui s'en irait solitaire à travers son immense domaine, l'âme broyée de regrets douloureux… et peut-être de haine contre "l'autre".
—Mon Dieu, ayez pitié! gémit Myrtô.
Elle se sentait défaillir sous l'étreinte de ce martyr moral… Et elle songea avec terreur qu'elle allait le voir, qu'il faudrait lui révéler l'atroce vérité, assister à sa révolte, à son désespoir, lutter, peut-être, pour faire prévaloir les droits imprescriptibles de la loi divine…