Et cependant, une phrase d'Hélène vint révéler à Myrtô un fait qui montrait clairement que la comtesse Zolanyi n'avait plus néanmoins considéré tout à fait des siennes Hedwige Elyanni.

La jeune fille parlait de Paris et déclarait qu'elle aurait voulu y vivre toujours.

—Les deux mois que nous y passons chaque année me consolent un peu du long séjour qu'il nous faut faire au château de Voraczy, ajouta-t-elle.

Deux mois!… Et jamais la comtesse Gisèle n'était venue voir sa cousine!

L'impression pénible éprouvée par Myrtô se reflétait sans doute dans son regard, car la comtesse regarda sa fille d'un air contrarié et orienta sur un autre terrain la conversation en parlant de Voraczy, la résidence du prince Milcza, où elle passait avec ses enfants le printemps, l'été, et une partie de l'automne.

—Si la réponse de mon fils est favorable, c'est là où nous vous emmènerons, Myrtô. Vous verrez le plus magnifique domaine de la Hongrie…

—Je l'aimerais mieux moins magnifique, avec quelques fêtes, des réunions, de grandes chasses comme autrefois! soupira Irène. Heureusement, nous avons les réceptions chez les châtelains du voisinage, mais nous ne pouvons leur rendre leurs politesses que par de petites réunions sans importance, alors que Voraczy est un tel cadre pour tout ce que l'imagination peut rêver des fêtes incomparables!

—Moi j'aime Voraczy, dit Mitzi qui n'avait pas parlé jusque-là. L'air y est si bon!… et on y est plus tranquille qu'à Paris, à Vienne ou à Budapest.

—Je l'aime aussi! déclara Renat. Je m'y amuse bien… excepté quand il faut que j'amuse Karoly.

Ces derniers mots furent prononcés à mi-voix, comme s'il craignait d'être entendu par quelque personnage invisible.